Christophe Andreani Chanson - Sommaire

Tous les jours je passe

Tous les jours je passe
Devant cette maison de poupée
Où des fleurs séchées sont groupées
Là, derrière la glace
Des bouquets bien rangés
De visages figés
Qui me regardent passer

Tous les jours je passe
Devant ces Jules et ces Jeannettes
Qu'on a posé dans leur poussette
Chacun à sa place
Ils jouent à la dinette
Avec leur diabète
Dans leur prison de retraite

Et moi je file
Je me défile
Je n'ose pas rester trop longtemps
Devant
Ces immobiles
Qui se faufilent
Entre les fils tranchants du temps
Mon avenir est là
Mais qui voudrait de ça ?
J'ai accéléré mon pas

Tous les jours je passe
Devant ce théâtre impotent
Où l'entrée des artistes attend
La populace
On s'ra tous figurant
Autour de cent ans
Chacun dans son rôle de mourant

Tous ces jours qui passent
Font leur ouvrage autant sur moi
Que sur ces vieillards qu'on assoit
Dans leur palace
Le déclin se déploie
Du coeur jusqu'aux doigts
Et l'on n's'en aperçoit même pas

Alors je file
Je me défile
Je n'ose pas rester trop longtemps
Devant
Ces immobiles
Qui s'recroqu'villent
Pour m'laisser une belle place devant
Mon avenir est là
J'aurais pas crû ça
Mais j'ai ralentit mon pas

Un jour on y passe
Me v'là cloué dans un fauteuil
Avec des rivières sur la gueule
Comme des crevasses
Les rides sont des couleuvres
Que le temps abreuve
Chaque visage est son chef-d'oeuvre

Il faut qu'vieillesse se passe
On n'a pas tous les jours cent ans
Et l'av'nue des médicaments
N'est qu'une impasse
Alors en attendant
Le dernier tournant
On vit sa mort tout doucement

Trop tard pour que je file
Que j'me défile
Heureus'ment j'ai pris du bon temps
Avant
D'être immobile
Presque qu'invisible
Aussi fragile qu'un jeune enfant
Mon avenir est là
Dans ce lit étroit
Un goût de terre, déjà

Christophe Andreani Chanson - A propos Christophe Andreani Chanson - Contacter l'auteur